Aparté

Un aparté est un moment suspendu, une parole partagée à voix basse. Voici l'histoire qui a donné naissance à Galerie KAN.

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En 1989, à dix-huit ans, je quitte la Côte d'Ivoire pour le Canada. Les questions que l'on me pose sur mon pays révèlent un continent trop souvent méconnu, raconté à travers des récits incomplets.

Vingt-cinq ans plus tard, de retour au Canada, le constat demeure. Malgré la mondialisation, l'Afrique reste, pour beaucoup, un univers que l'on connaît peu.

Je crois que l'art possède un pouvoir unique : créer des rencontres là où les mots atteignent leurs limites. Une œuvre ne demande ni traduction ni mode d'emploi. Elle touche, questionne, rapproche.

J'ai parcouru les villes et les villages de Côte d'Ivoire et d'Afrique de l'Ouest, à la rencontre d'artisans et d'artistes dont le talent m'a profondément émue — bois, bronze, textile, peinture, matériaux recyclés.

Ces artistes méritaient d'être vus, entendus, reconnus bien au-delà de leurs frontières. C'est de cette conviction qu'est née cette galerie — un espace de dialogue entre les cultures.

Avant Galerie KAN, il y eut des œuvres. Des rencontres, des ateliers, des acquisitions guidées moins par l'idée de collectionner que par celle d'accompagner un regard. Cette collection personnelle constitue aujourd'hui l'une des histoires silencieuses à l'origine de KAN.

D'où vient le nom KAN ?

KAN porte une résonance qui traverse plusieurs langues d'Afrique de l'Ouest. Dans les langues mandingues, le radical « -kan » désigne la langue elle-même : bamanankan, maninkakan. On le retrouve en akan-baoulé, lié à l'acte de parler — jusque dans l'étymologie du mot « Akan », « a kan », il a dit. Deux familles linguistiques, un même sens : la voix.

Une histoire de traversée

Le nom résonne avec l'histoire du peuple baoulé, fondé au XVIIIe siècle par la reine Abla Pokou, lorsqu'elle mena son peuple hors du royaume ashanti pour bâtir, sur une terre nouvelle, une identité qui lui appartient. Traverser, ici, n'est jamais une fuite : c'est un acte fondateur. C'est cette traversée que vivent les artistes de la diaspora — porter une culture par-delà les frontières, sans jamais la diluer.

Pourquoi ces couleurs ?

Le vert profond et l'or de notre logo puisent dans la tradition akan. L'or incarne la richesse, la souveraineté, la valeur — celle du Sika 'dwa, le Tabouret d'or. Le vert fusionne la forêt qui a vu naître ce peuple et le noir qui symbolise le peuple lui-même : un vert si profond qu'il frôle le noir, une seule teinte pour porter la terre et celui qui l'habite.

« Le récit, le nom, la traversée, les couleurs : rien, chez KAN, n'est un choix de surface. Tout vient d'une même terre — celle que nous portons, une exposition à la fois. »